lundi 31 juillet 2006

La fin et les moyens (4/4)

Philippe Van Roey, responsable des relations presse du WWF:

«C’est déplorable d’aller chercher la petite bête!»

«Rock Werchter nous offre la possibilité de toucher 300.000 personnes. Les sponsors de l’événement? Ce n’est pas nos affaires. Si nous voulons survivre, trouver des fonds, il faut qu’on joue dans la logique commerciale. Si on se contente d’essayer de toucher le public de façon "archaïque", sans utiliser Internet, les grands médias ou les événements grands public, on peut fermer boutique dans quelques mois.
La question de l’exploitation de notre image par les organisateurs sur le site Internet du festival est hors de propos. Ils mettent un stand gratuitement à notre disposition pour que nous puissions, avec un budget très réduit, toucher un maximum de gens. Ca m’a l’air évident comme collaboration. On peut toujours aller chercher la petite bête dans n’importe quelle démarche. Je trouve ça assez déplorable. C’est souvent le cas avec les journalistes, malheureusement. Au lieu d’être constructifs et de voir le bon côté des choses, il y a toujours des gens pour voir le côté un peu obscur.
On est dans un monde où tout le monde se rend bien compte qu’il faut agir au niveau écologique. Y compris les grandes multinationales. Nous nous inscrivons dans un dialogue, une relation constructive. Nous avons par exemple un partenariat avec Lafarge, le leader mondial des matériaux de construction. Comme ils polluent énormément, nous leur fournissons des recommandations pour qu’ils limitent leurs rejets de CO2.»

6 commentaires:

Anonyme a dit...

Enfin une attitude réaliste et constructive ! Bravo le WWF.

Jean-Jacques Detry a dit...

ça se discute. Face aux faits concrets (émissions de co2), c'est constructif. Face aux idéaux écologiques, "pactiser" avec l'ennemi est une trahison. Grâce au WWF, Lafarge et Werchter font du greenwashing/socialwashing. Récupération par Lafarge/Werchter ou subversion du WWF? Les deux à la fois à mon humble avis. Donc c'est un faux débat? Non, mais c'est un débat philosophique, donc sans fin.

Anonyme a dit...

Bonjour,
Je suis toujours ébahi par la facilité avec laquelle les gens tirent sur l'ambulancier. la question que vous posez, en tant que journaliste, est tout à fait pertinente. C'est le rôle même du journaliste que de poser des questions, surtout celles qui dérangent. Et tant pis si cela dérange le responsable d'une organisation qui repose sur les dons du public.

Je remarque que cette personne franchit sans problème une limite supplémentaire:

"On peut toujours aller chercher la petite bête dans n’importe quelle démarche. Je trouve ça assez déplorable. C’est souvent le cas avec les journalistes, malheureusement."

Avec ce raisonnement, les journalistes ne pourraient plus s'attaquer à la corruption dans les marchés publics, par exemple, pour le simple motif qu'il existe davantage de politiciens honnêtes et, hein, on ne va pas chercher la petite bête.

L'action des ONG repose sur une série de dilemmes, on le sait très bien. Ces ONG ont des débats en interne. C'est la pub et les actions de promotion qui vendent le monde en noir ou blanc. Les journalistes ne sont pas là pour faire de la pub.

Cher journaliste, poursuivez votre travail en posant des questions, le monde en a besoin.

David a dit...

Merci pour vos encouragements. Je pense que mon interlocuteur a dérapé. Ca arrive, parfois. Et c'est toujours révélateur.
Je trouve par ailleurs assez croustillant qu'un responsable d'une ONG dont le symbole est un gros panda me demande de ne pas "chercher la petite bête"... :)

Fred a dit...

Et voilà le WWF qui vient de cautionner les agissements de Coca-Cola en Inde. L'accord fait l'impasse sur la question de l'eau en Inde, où CC pompe les nappes phréatiques au détriment des paysans locaux. C'est lamentable!!!


Coke's Water Deal Omits India
Source: Press Trust of India, June 5, 2007

When Coca-Cola announced it would fund a joint water conservation initiative with WWF, it identified seven major water reserves around the world where it would fund projects. But none of the projects will be in India, where the company has been embroiled in controversy. A Coca-Cola plant at Plachimada, in the Indian state of Kerala, was shut down in 2004 following community protests over the depletion of ground water resources. Qu Yongxiang, an analyst at China Pingan Securities, told the Atlanta Journal Constitution that "there's no big cost to them [Coca-Cola], since they can save money by reducing water use and they can improve their image." To help boost coverage of their "good deeds," Coca-Cola issued a b-roll video, produced by Multi-Vu, which features both Coke and WWF executives. (B-roll is file video footage and interview soundbites, without the scripted narration used in a video news release.)

http://www.prnewswire.com/broadcast/28447/consumer.html

David a dit...

@Fred:
je viens de regarder la vidéo que vous mentionnez: globalement ça a plutôt l'air d'une bonne chose pour l'eau et les paysans qui en profitent. Evidemment Coca-Cola tire profit de l'image du WWF qui, en n'ayant pas mis le dossier indien sur la table, semble cautionner implicitement les agissements de son partenaire en Inde. Un pragmatisme typiquement anglo-saxon que nous aurons toujours un peu de mal à accepter tel quel, nous Européens, mais qui indéniablement fait avancer certaines choses dans la "bonne" direction...