jeudi 9 novembre 2006

Premier prisonnier politique en Belgique

Conséquence directe du 11-Septembre et de l’épidémie mondiale de lois liberticides qui a frappé la planète suite à ce tragique événement: la Belgique peut être «fière», depuis mardi soir, d’avoir condamné son premier prisonnier politique depuis la dernière guerre mondiale, Bahar Kimyongür, à 5 ans de prison fermes.
Sur son blog, le journaliste Mehmet Koksal fait un point nuancé sur ce jugement, qui concerne également d’autres militants du DHKP-C, cette organisation marxiste-léniniste turque radicale étiquetée «terroriste» par l’Union européenne. Outre bien évidemment, et à juste titre, le CLEA (Comité pour la liberté d’expression et d’association), la Ligue des droits de l’homme est scandalisée, tout comme Josy Dubié et Céline Delforge d’ECOLO, notamment. Curieusement, Amnesty international, qui se définit pourtant comme «un mouvement mondial de personnes qui luttent pour les droits humains», reste muette dans toutes les langues sur cette sombre affaire...
Je ne partage pas la vision marxiste-léniniste de la société défendue par Bahar Kimyongür et le DHKP-C, ni les opinions du philosophe français Robert Redeker, victime d’une fatwa outre-Quiévrain. Mais c’est une question de principe. Comme dit l’adage voltairien, «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez l’exprimer».

UPDATE 13/11:
Un intellectuel (vous savez, cette espèce en voie d’extinction...) s’engage sur ce dossier. C’est Jean-Marie Klinkenberg, prof à l’université de Liège, dans un mail collectif envoyé jeudi passé à de nombreux collègues. Extrait:
«Dorénavant, plus aucune personne désireuse de contester quelque chose dans notre pays, du moins de manière tant soit peu efficace, ne sera à l'abri : grévistes, syndicalistes, militants de tous poils, résistants, altermondialistes, objecteurs, sachez ce qui vous attend. Intellectuels qui analysez, citoyens qui prenez la plume, artistes qui caricaturez, terroristes vous êtes déjà, même si vous ne le savez pas.»

5 commentaires:

O- a dit...

"Je ne partage pas la vision marxiste-léniniste de la société défendue par Bahar Kimyongür et le DHKP-C"

je me demande
1- si vous savez vraiment ce qu'est la vision de la société défendue par ces gens, alors que leurs textes sont introuvables et sensuré y compris sur des site "marxistes" comme indymedia.be
2- quelle est votre vision de la société, dans un pays controlé par une "sociale démocratie" de plus en plus proche d'un état totalitaire... quelles sont vos clés de lecture, vos références pour analyser "tout ça" ...

David a dit...

@ "o-" :
1/ pas besoin de chercher les textes introuvables du DHKP-C pour se faire une opinion générale sur le marxisme-léninisme.
2/ le fait que je n'adhère pas à l'idéologie marxiste-léniniste, que je trouve obsolète parce qu'elle ne tient absolument pas compte de l'enjeu majeur du 21e siècle, à savoir l'enjeu écologique, n'implique pas de facto que je vénère la sociale-démocratie, qui est loin d'être exempte de travers. Curieux réflexe...

O- a dit...

ce n'est pas un "curieux réflexe" ...

beaucoup de groupements d'extrème gauche, et particulierement le DHKP-C se réfèrent à "un certain" marxisme-léninisme parce que dans les luttes qui les concernent, cette grille de lecture est adéquate et disponible. Ces gens ne refusent pas nécessairement d'autres idées comportant par ex. l'écologie, mais ce n'est pas leur combat. Et leurs textes (que j'ai eut la chance de lire avant leur suppression sur le net) ne sont pas des manifestes communistes mais plus des dénonciations des tortures et brimades décrites suivent cet angle de vue. A beaucoup d'égard ils ressemblent à n'importe quel texte humaniste, avec un ton d'urgence et de colère en plus. Rien de "tres" communiste là dedans...
Se démarquer de la sorte de ces "idées" me semble un raccourci également dangereux, et ressemble à une forme d'auto-dédouanement comme si vous parliez de pestiférés (les communistes marxiste léninistes, honis de notre petite société bourgeoise qui pense que tout va pas trop mal).
Ces idées, même si elle ne sont plus totalement adéquate pour lire le monde, sont tout de même plus justes que celles de ce "néo-philosophe" néo-libéral dont vous prennez la défence dans ce texte. Surtout quand on les replacent dans leur contexte (la turquie d'aujourd'hui, une dictature militaire qui s'ignore)

Vous semblez croire que l'enjeux majeur du 21e sciecle est le problème de l'écologie...
Mais ce problème ne sera JAMAIS réglé si celui de la lutte des classes, aujourd'hui bien plus aigu qu'au XXe sciecle, n'est pas lui même solutionné auparavant : c'est le gaspillage inhérent au capitalisme et à la guerre économique qui produit "la polution" ... les solutions sont là, mais elles passent par la redistribution des richesses.
Pas d'écologie biologique sans écologie politique!
Je ne vous soupconnais pas de dévotion envers la sociale démocratie, je vous demandais simplement quelle étaient vos références critiques de celle ci. Le "marxisme-leninisme" est un terme vague, mais se référent à une littérature critique bien fournie et "facilement identifiable" (comme vous le faites)... l'ecologie par contre semble bien se diluer dans les arguments et s'accomoder de la sociale-démocratie au point d'être utilisée comme valeur (élective) par la droite ...
Il me semble, sans vouloir pousser, que c'est vous qui avez un "curieux réflexe" de défence... (mais on vous le pardonnera, les temps sont à la paranoïa apparament...)

David a dit...

Savez-vous pourquoi IndyMedia aurait censuré ces textes? Peur de se voir coller un procès pour diffusion de propagande "terroriste"?

Se démarquer de la sorte de ces "idées" me semble un raccourci également dangereux, et ressemble à une forme d'auto-dédouanement comme si vous parliez de pestiférés (les communistes marxiste léninistes, honis de notre petite société bourgeoise qui pense que tout va pas trop mal).

N'avez-vous pas le sentiment que l'Histoire a simplement montré que cette vision idyllique d’une société égalitaire et juste, que porte le communisme en théorie, a été malheureusement galvaudée par des tyrans, et donc qu'il conviendrait plutôt de relifter cette idéologie à la sauce 21e siècle en l’imprégnant d’une bonne dose d’écologie politique? Certains militants voudraient s’y employer, apparemment ( http://pierre.eyben.be/spip.php?article4 ). A mon sens, l’écologie politique de gauche porte une vision du monde aujourd’hui bien plus révolutionnaire que celle du marxisme-léninisme. En tout cas au Nord, dans les pays "développés".

Ces idées, même si elle ne sont plus totalement adéquate pour lire le monde, sont tout de même plus justes que celles de ce "néo-philosophe" néo-libéral dont vous prennez la défence dans ce texte. Surtout quand on les replacent dans leur contexte (la turquie d'aujourd'hui, une dictature militaire qui s'ignore)

Je ne dis pas le contraire, même si la "justesse" d'une idée est un jugement pour le moins subjectif. Mais restons sérieux: mon post est centré sur Bahar Kimyongür et le DHKP-C, pas Redeker dont je cite juste l’exemple en passant. Sur le principe, je suis voltairien et pense donc qu’il faut moralement défendre les deux. Cela dit, je répète que je n’éprouve pas la moindre sympathie pour les idées de ce "néo-philosophe néolibéral" français.

Vous semblez croire que l'enjeux majeur du 21e sciecle est le problème de l'écologie...
Mais ce problème ne sera JAMAIS réglé si celui de la lutte des classes, aujourd'hui bien plus aigu qu'au XXe sciecle, n'est pas lui même solutionné auparavant : c'est le gaspillage inhérent au capitalisme et à la guerre économique qui produit "la polution" ... les solutions sont là, mais elles passent par la redistribution des richesses.


On recense, dans le canard pour lequel je travaille, le bouquin "La fortune des Boël", qui fait l’apologie de l’impôt sur la fortune en Belgique. Cela dit on peut très bien redistribuer des richesses sans faire avancer la cause verte d'un iota. Je ne vois absolument pas en quoi ces deux choses seraient liées. Quant à affirmer que les problèmes écologiques ne seront jamais réglés tant que la lutte des classes n’aura pas atteint son objectif, c’est également une profession de foi que vous m’autoriserez, j’espère, à ne pas partager. Et si c’était l’inverse?
Sur la "lutte des classes", reconnaissez tout de même que la société s’est transformée radicalement depuis la révolution ultralibérale des années 80. Où est le "prolétariat" d’aujourd’hui? Dans le Sud principalement. Au Nord, la société s’est transformée en une gigantesque classe moyenne hétérogène, idéologiquement déboussolée et ultra-consumériste. Le quart monde n’est pas politisé. Les sociologues nous disent qu’il ne vote pas ou, quand il vote, c’est très souvent pour l’extrême-droite. Ce concept de "lutte des classe" est-il encore pertinent aujourd’hui en Belgique? La "multitude" de Negri et la notion de "précariat" me semblent être des concepts plus appropriés de nos jours.

Le "marxisme-leninisme" est un terme vague, mais se référent à une littérature critique bien fournie et "facilement identifiable" (comme vous le faites)... l'ecologie par contre semble bien se diluer dans les arguments et s'accomoder de la sociale-démocratie au point d'être utilisée comme valeur (élective) par la droite...

D’accord avec vous sur ce point. C’est un constat relativement clair. Mais le discours écologiste est "récupéré" par la gauche également. Regardez Fabius...
Les partis écologistes, qui avaient 20 ans d’avance en 1980, sont en train de se faire rattrapper par l’histoire.

Il me semble, sans vouloir pousser, que c'est vous qui avez un "curieux réflexe" de défence... (mais on vous le pardonnera, les temps sont à la paranoïa apparament...)

En ces temps de néolibéralisme triomphant, il y a sans doute une forme de terrorisme intellectuel ambiant qui plane sur le discours journalistique concernant la gauche radicale (au sens étymologique du terme) et sur la critique du système capitaliste. Tout comme il est journalistiquement tabou d’enquêter sur les attentats du 11-Septembre, de peur de se faire étiqueter "complotiste" ou "thierrymeyssaniste"...

Anonyme a dit...

Bien que ce ne soit pas le sujet principal, je souhaite revenir sur un point: il me semble que la lutte des classes et l'écologie sont fondamentalement liées.En effet,l'écologie n'est que la face visible d'une dérive de notre société : le gaspillage.C'est le gaspillage qui pollue, détruit notre planète et épuise les ressources de la Terre :
_des assiettes en cartons jetables sont autant de forêts détruites;

_a-t-on vraiment besoin de tous nos habits ? Chaque vêtement déruit des forêts ( pour la culture du coton, pr ex.), dégage du CO²( pour le transport ou le fonctionnement des usines, necéssaires pr transformer du coton en jeans, pr ex.)et utilise du pétrole ou une autre ressource naturelle;

Les exemples de notre gaspillage sont inombrables.
Or, qui gaspillent, si ce n'et les riches ? Les classes les plus pauvres ne risquent pas de gaspiller !! Le problème est donc bien dans notre socièté de classes : s'il n'y a plus de classes sociales, le gaspillage se réduira considérablement, et l'écologie suivra !
La lutte des classes et l'écologie sont donc liées : il nous faut réduire les inégalités pour résoudre le problème écologique.

D'autre part, je n'ai pas compris:de quoi Bahar Kimyongür a_t_il exactement été accusé ?