vendredi 23 mars 2007

Censure et fiction en démocratie

Indicible car trop lourde de conséquences, l’«affaire Clearstream 1» est-elle condamnée à la censure et à la fiction? Alors que L’emmerdeur, le second roman sur l’enquête de Denis Robert, sort début avril, l’écrivain-journaliste annonce sur son blog qu’un papier très documenté sur Clearstream a été censuré cette semaine dans Paris-Match et qu’un second article, toujours sur Clearstream, devait passer en une du Financial Times mais, «suite au lobbying intensif de la banque des banques luxembourgeoise, il a été différé...»
Selon Robert, les deux papiers étaient «prêts à sortir, maquettés, et ont été sacqués in extremis. La peur des procès et l'utilisation malveillante de documents judiciaires tronqués a joué à mort. C’est une belle saloperie.» Furax, l’ex de Libé suggère aux juristes du quotidien anglais et de l’hebdo du groupe Lagardère de jeter un œil «au seul jugement argumenté qui vaille à ce jour» pour qu’ils reconsidèrent leur décision.
Quant au roman d’Elisabeth Butterfly (extraits ici), l’éditeur annonce qu’il «ne pourrait pas sortir sous la forme d’un document. Les procès déferleraient». Et pour lancer son bouquin, la maison d’édition Florent Massot mise sur le buzz de la blogosphère en surfant sur la vague complotiste. «Nous avons besoin de vous pour diffuser ce livre qui sera victime dans un premier temps de la censure de la presse traditionnelle – surtout en période électorale...», écrit l’attachée de presse dans un mail envoyé à plusieurs bloggeurs qui suivent les rebondissements de ce «combat du 21e siècle». On se demande bien pourquoi les médias bouderaient ce livre puisque la forme romanesque a précisément été retenue pour éviter que les procès ne déferlent. Enfin, on verra...
En attendant, malgré un énième procès sur le dos (intenté cette fois par Fortis à Luxembourg), galvanisé par le soutien croissant qui s’organise autour de lui – concert de Miossec, Cali, Groland Soundsystem, etc. le 17 avril à Paris –, Denis Robert annonce qu’il ne lâchera pas le morceau: «Oui, vous êtes nombreux à me dire de prendre du recul et de passer le relais. Et bien non, je ne laisse pas tomber (...) Désolé mais je ne suis ni mort, ni malade, ni encore complètement fauché...»
Qu’on se le dise...



4 commentaires:

Anonyme a dit...

Punaise quel courage ce Denis Robert.
Chapeau bas.

Eric Dampers a dit...

il tient bon le bougre... Espérons qu'il contre-attaque en enfonçant la plume dans la plaie de Clearstream, là où ça fait mal, en publiant une nouvelle enquête de fond sur cette structure financière qui a le potentiel de lessiver tout l'argent sale du monde, mais aussi de récupérer des sommes gigantesques pour la collectivité si elle était pilotée par les pouvoirs publics.

David a dit...

@ Eric:
Effectivement, c'était le sens de mon post: Denis Robert est sans doute le mieux placé pour poursuivre son enquête sous forme livresque. Il est passé par la case roman (La domination du monde en 2006) pour exprimer des sentiments personnels difficilement dicibles liés à son enquête.

Le roman L'emmerdeur, c'est pareil, mais à travers les yeux d'un tiers. Quand des journalistes s'emparent de l'enquête elle-même, par contre, ils sont censurés "à titre préventif" par leur hiérarchie, par crainte du journal de se coltiner un procès.

Bref, comme les secrets de famille, cette affaire "suinte". Dans la fiction (deux romans), dans l'art (peintures de Philippe Pasquet), dans la presse (via la censure).
Récemment, seul le bouquin de Gergorin, le corbeau de l'affaire Clearstream 2, a apporté des pierres à l'édifice de Robert. C'est déjà ça.

JC a dit...

La soirée était géniaaaaaaale et toutes les photos et une interview de Denis sont ici, sur le blog dédié:
http://17avril.blogspot.com/