jeudi 10 mai 2007

Candide au pays de l’atome

Sous des airs de simplet de service, Antoine Citoyen interroge avec humour et pertinence nos sociétés hautement nucléarisées. Attention: ses tribulations atomiques, diffusées sur Internet, pourraient bien vous contaminer...



Alain de Halleux, bientôt 50 ans, 4 enfants, est inquiet. La question de la sécurité nucléaire a fait irruption dans sa vie l’an passé. Lors de la commémoration des 20 ans de Tchernobyl, d’abord. Puis en juillet dernier, quand le cœur d’un des réacteurs de la centrale de Forsmark, en Suède, est passé à 7 minutes de la fusion. Dans une indifférence médiatique quasi générale. Ebranlé par ces événements, ce licencié en chimie de l’UCL, vite devenu réalisateur, crée alors Antoine Citoyen, un personnage de fiction qu’il propulse au cœur de la réalité nucléaire belge. Pour mieux la cerner. Et informer. Car une question obsède Alain de Halleux et son double fictionnel, efficacement joué par son excellent complice Michel Angely: sommes-nous prêts en cas d’accident nucléaire à Tihange ou à Doel?

Antoine entame alors un authentique périple de «journaliste citoyen» pour tenter de le savoir et poser, comme un enfant, bien d’autres (im)pertinentes questions sur l’atome. Les pharmacies belges ont-elles assez d’iodure de potassium pour protéger du cancer de la thyroïde les populations survolées par un éventuel nuage radioactif? Est-il possible d’assurer sa maison contre un accident nucléaire? Les politiques connaissent-ils les conditions de travail déplorables des ouvriers chargés de la maintenance des centrales? Et en cas d’accident nucléaire, qui ira «reboucher le trou»? Etcaetera.

«A Tchernobyl, de 600.000 à 800.000 personnes ont été enrôlées de force par le pouvoir de l’ex-Union soviétique pour faire le ménage autour du réacteur», rappelle Alain de Halleux. «Mais dans une démocratie libérale comme la nôtre, qui accepterait de courir ce risque?», s’interroge Antoine en écho. Bref, où se cachent les pro-nucléaires qui ont le courage d’être liquidateurs volontaires? Alain et Antoine les traquent dans la rue, dans les parcs publics, à la mer... Sans grand succès. Au cours de ses pérégrinations, Antoine croisera également des pompiers en colère, un sénateur médusé, un commissaire européen qui ne l’est pas moins, l’ex-patron de Suez en goguette chez Ecolo, des environnementalistes, un syndicaliste... Loin de l’apaiser, leurs paroles aiguiseront ses craintes.

Résultat: une première «saison» de 20 épisodes de 3 à 8 minutes diffusés gratuitement et au compte-gouttes sur Internet depuis janvier (sur AntoineCitoyen.eu et Google Video). «Je n’ai pas l’espoir que le travail d’Antoine change quoi que ce soit, mais le fait de bosser avec lui m’autorise à regarder mes enfants droit dans les yeux le matin», explique Alain de Halleux, qui regrette l’absence d’un vrai débat de société sur le nucléaire. Parallèlement à cette «thérapie fictionnelle» réalisée - pour l’instant - sur fonds propres, le réalisateur prépare un documentaire d’investigation sur les sous-traitants du nucléaire en France, Belgique, Angleterre, Suède...








Cet article fait partie d’un dossier de 8 pages sur le nucléaire disponible dans le numéro de mai-juin du magazine belge
Imagine. S’il vous a plu, merci de bien vouloir envisager d’acheter le magazine en version papier ou électronique (PDF), voire de vous y abonner.



1 commentaire:

Pistache a dit...

Avec la fin de l'uranium qui s'annonce, il faut préparer la fin du nucléaire.

La pénurie d'uranium est pour bientôt (dans moins de 10 ans) et très vite il y aura le "peak uranium" et la production diminuera de façon inexorable, comme pour toutes les énergies fossiles.

C'est à lire ici : La fin progressive de l'uranium

Les réserves dont on parle souvent ne veulent rien dire, l'important est la quantité qu'il est possible d'extraire chaque année.

Le calcul simpliste disant que les réserves augmentent avec le prix, n'a rien à voir avec la réalité. Les géologues et les ingénieurs sur le terrain montrent bien les limites techniques de l'exploitation, quel que soit le coût financier, et à condition de ne pas dépenser plus d'énergie pour extraire une ressource que l'énergie récupérée.

Sans compter les dommages inacceptables causés à l'environnement (destructions, pollutions ...).

L'éolien et le photovoltaïque progressent de 40% chaque année (multiplié par 30 en 10 ans), les coûts baissent et seront compétitifs avec le nucléaire à court ou moyen terme (selon les technologies).

A compléter avec toutes les autres énergies renouvelables.