dimanche 2 décembre 2007

La saison des casseroles

La fin de l’année et son cortège de bilans en tout genre approchent à grand pas. Aussi, des deux côtés de l’Atlantique, plusieurs ONG soucieuses d’éthique et de transparence démocratiques organisent-elles un scrutin. Son but? Désigner les pires personnalités, lobbies ou institutions dont les activités en 2007 ont visé à influencer l’opinion publique ou les décideurs politiques au bénéfice d’intérêts strictement particuliers. Bref, à pervertir discrètement la démocratie.

Ainsi, sur le Vieux Continent, le Prix du Pire lobbying de l’Union européenne 2007 sera décerné par quatre ONG internationales (1) ce mardi 4 décembre à Bruxelles (dès 18h30 au bar du Botanique, pour les curieux). En lice, une éminente personnalité belge et européenne, qui a des allures de favori: le vicomte Etienne Davignon. Son tort? Etre l’un des conseillers spéciaux du commissaire Louis Michel sur «le rôle du secteur privé dans le développement économique de l'Afrique subsaharienne», alors même qu’il est actionnaire (pour plus de 350.000 euros) et membre du conseil d’administration de Suez, une multinationale qui cherche à développer de nouveaux marchés énergétiques notamment... en Afrique subsaharienne (dixit son Rapport annuel 2006, pages 54 et 69). Conflit d’intérêt? La Commission s’en est défendue. Mais n’a guère convaincu...

Les challengers de l’ex-vice président de la Commission sont le trio BMW-Daimler-Porsche (qui cherche par tous les moyens, et avec succès jusqu'ici, à repousser des mesures contraignantes sur les émissions moyennes de CO2 des nouvelles voitures commercialisées en Europe), le pétrolier espagnol Repsol (qui a poussé Bruxelles à promouvoir largement les agrocarburants industriels), l’Association européenne des cabinets de conseil en affaires publiques (EPACA) et l’agence bruxelloise de lobbying Cabinet Stewart (qui luttent toutes deux activement contre un projet de législation visant à rendre transparent le lobbying européen à Bruxelles).

Un second prix, celui du pire «écoblanchiment» (néologisme québécois pour traduire greenwashing), couronnera le champion 2007 de l’hypocrisie écologique. Les nominés? Les pétroliers ExxonMobil (Esso) et Shell (pour des pubs mensongères avérées), le géant britannique de l’armement BAE Systems (pour la promotion de ses «balles écologiques sans plomb»), Airbus (pour son A380 «propre» et «écologique») et le lobby allemand de l’industrie atomique (qui se présente comme le «protecteur du climat» dans la presse teutonne). Tous ont été conviés à venir dire un mot sur scène en cas de victoire lors de la cérémonie...

Aux Etats-Unis, c’est le Center for Media and Democracy, une association auscultant depuis des années le «monde trouble des relations publiques», qui décernera très prochainement ses Falsies Awards 2007. Littéralement, le terme falsies désigne des prothèses mammaires. Une image pour qualifier tous ceux qui cherchent à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Comme la Clean and Safe Energy Coalition (qui, sous couvert d’écologie, fait la promo de l’atome en ayant recruté un cofondateur de Greenpeace qui a retourné sa veste), les entreprises qui ont trafiqué Wikipedia (décelables grâce au génialissime WikiScanner), le lobby du lait en poudre pour bébés et le géant pharmaceutique Merck (qui tous deux financent de fausses associations citoyennes faisant la promo de leurs produits) ou encore Philip A. Cooney (le lobbyiste de l’industrie pétrolière engagé par la Maison blanche et qui a réécrit des rapports officiels sur le réchauffement climatique)...

Pas de doute, la saison des casseroles est ouverte!


(1) Le bureau européen des Amis de la Terre, l’association anglaise SpinWatch, l’allemande LobbyControl et la batave Corporate Europe Observatory, pour laquelle j’ai l’honneur tout récent de mener quelques travaux de recherche.

1 commentaire:

David a dit...

Les résultats du Prix du pire lobbying et ceux des Falsies.