lundi 4 août 2008

L’aviation, c’est 5 à 12% de l’impact des Européens sur le climat


Qu’on se le dise: au niveau mondial, l’aviation représentait en 2000 entre 4 et 9% de l’impact total des activités humaines sur le climat. A l’échelle de l’Union européenne uniquement, on naviguait entre 5 et 12% en 2005. Ces fourchettes relativement larges reflètent une incertitude scientifique: celle de l’impact climatique exact, en haute altitude, des rejets autres que les émissions de CO2 — principalement les oxydes d’azote, les traînées de condensation et les aérosols (particules en suspension). Il est établi que ces rejets ont, au minimum, un impact sur le réchauffement climatique équivalent à celui du seul CO2 émis par les avions. Mais cet impact pourrait être jusqu’à quatre fois plus grand. Autrement dit, pour connaître l’impact total de l’aviation sur le climat, il conviendrait de multiplier l’impact du seul CO2 par un facteur 2 à 5. C’est énorme, et voici pourquoi.

Oxydes d’azote. Les oxydes d’azote (NOx) ont deux effets antagonistes sur le climat. D’un côté, ils augmentent la concentration d’ozone (O3) – puissant gaz à effet de serre – aux altitudes de croisière (10-12 km). De l’autre, ils réduisent la durée de vie d’un autre gaz à effet de serre: le méthane (CH4). Le hic, c’est que ces effets opposés ne s’annulent pas: l’impact délétère de l’ozone sur le climat est loin d’être compensé par la disparition accélérée du méthane.

Traînées de condensation. Ces traces blanches rectilignes de vapeur d’eau qui persistent dans le ciel après le passage des avions ont aussi un double effet antagoniste sur le climat. Elles agissent comme un «miroir», en réfléchissant une partie de la lumière solaire qui entre dans l’atmosphère, mais également comme «couvercle», en empêchant une partie du rayonnement infrarouge (chaleur) émis par la surface terrestre de s’échapper vers l’espace (effet de serre). Ici aussi, la balance penche vers un réchauffement de l’atmosphère. Notons aussi que les vols de nuit sont pires pour le climat que les vols en journée, puisque l’effet «miroir» est inopérant la nuit et ne peut donc pas atténuer l’effet «couvercle».

Cirrus. La vapeur d’eau et les aérosols (particules en suspension dans l’air) émis par les avions peuvent modifier la quantité et les propriétés des cirrus, ces nuages filamenteux blancs formés de cristaux de glace à haute altitude (6 à 12 km) et qui ont un effet de serre important. C’est particulièrement le cas dans les régions où le trafic aérien est dense, comme le Benelux. Si l’air dans lequel l’avion évolue est saturé de vapeur d’eau, les traînées de condensation peuvent persister plusieurs heures et s’étaler. Si bien que l’on ne peut plus les distinguer des cirrus naturels. L’ampleur exacte de ce phénomène sur le climat reste mal connue.

6 commentaires:

Leloup Bruno a dit...

Bonjour, on est peut-être cousin??
Bonne soirée

David a dit...

qui sait? je n'ai jamais pris le temps de faire mon arbre généalogique...
Excellente journée

DM a dit...

Bonjour,
Nous sommes permis de référencer votre article sur notre site: http://tropdebruit.be/news/l-aviation-c-est-5-a-12-de-l-impact-des-europeens-sur-le-climat

Bien à vous.

DM

Anonyme a dit...

il faut changer nos modes de vie, limiter les déplacements avec les avions, exiger de nos politiques, par mail par exemple (à vos claviers, internautes) la réhabilitation du sympathique DIRIGEABLE, lent, silencieux, écologique, fabriqué par les allemands ou les Russes en ce moment.
faites-le pour vous, vos enfants et la planète, à 385 ppm de CO2 dans l'atmosphère, la situation climatique est très grave: regardez sur google.
je vous mets un lien en bas qui dévoile bien l'hypocrisie américaine sur le climat, et sur ce que projetaient certaines élites dès 1997 avec les avions de ligne ! à voir !
http://cdurable.info/Notre-planete-Terre-bientot,383.html

Anonyme a dit...

David, la contribution du trafic aérien au réchauffement climatique anthropique, tu l'évalues à 4-9% en 2000. D'où viennent ces chiffres? Aujourd'hui, le GIEC dit que c'est 3,5%... Pourcentage qui pourrait monter jusqu'à 5%-15% en 2050.
http://www.ipcc.ch/pdf/special-reports/spm/av-fr.pdf

J'imagine que le chiffre te vient de la fondation David Suzuki pour le climat :
http://www.davidsuzuki.org/Climate_Change/What_You_Can_Do/air_travel.asp

Quant aux 5-12% à l'échelle européenne... je ne sais pas d'où ils viennent...

Quid du transport maritime, responsable d'émissions tout aussi importantes que le transport aérien, sans pour autant qu'il soit question de lui appliquer des quotas d'émission.

Bien à toi

Mathieu

David a dit...

@Mathieu:

Le rapport du GIEC que vous citez date de 1999 et se fonde sur des chiffres bien plus anciens: les émissions du secteur aérien en... 1992. Elles ont quasi doublé depuis (lire ci-dessous).

Les 3,5% cités par le GIEC ne tiennent pas compte de l'impact des cirrus.

Les 4-9% en 2000 sont issus du rapport de T&E. Le lien est fourni dans l'article, mais le revoici:
http://www.transportenvironment.org/Publications/prep_hand_out/lid:430

L'annexe 1, pages 32 et 33 explique en détail comment ont été estimés ces chiffres sur base des études scientifiques prises en compte par le GIEC lui-même.

Cette même annexe donne également les clés des 5-12% cités pour l'échelle européenne. Je présume que ce rapport est également la source de la Fondation David Suzuki.

J'ajouterai à ces chiffres le paragraphe suivant, écrit après l'article ci-dessus, disponible dans un récent rapport que j'ai rédigé pour Corporate Europe Observatory. J'y inclus toutes les références en notes:

Based on the latest data from the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), the aviation sector is responsible for 2% of man-made carbon dioxide (CO2) emissions worldwide, but when non-CO2 effects are taken into account its global contribution to climate change is about 3–7% (1). In the EU alone, these figures have been estimated to be, respectively, 4% (2) and 4.7–11.6% (3) in 2005. Aviation is the fastest growing source of CO2 emissions in the EU, increasing by 87% since 1990 (4) — and the rate of growth could wipe out savings made elsewhere in the economy.

(1) “Climate forcing of aviation emissions in high altitudes and comparison of metrics - An update according to the Fourth Assessment Report, IPCC 2007”, Hartmut Grassl and Dietrich Brockhagen, Max Planck Institute for Meteorology, December 2007.
http://www.mpimet.mpg.de/wissenschaft/publikationen/papers/climate-forcing-of-aviation-emissions-in-high-altitudes-and-comparison-of-metrics.html

(2) “A bottom-up analysis of including aviation within theEU’s Emissions Trading Scheme”, Alice Bows & Kevin Anderson, Tydall Centre for Climate Change Research, working paper 126, November 2008, p.17.
http://www.tyndall.ac.uk/publications/working_papers/twp126_summary.shtml

(3) “Clearing the air: the myth and reality of aviation and climate change”, Climate Action Network Europe (CAN Europe) - European Federation for Transport and Environment (T&E), July 2006, p.33.
http://www.transportenvironment.org/Publications/prep_hand_out/lid:430

(4) “Climate change: Commission proposes bringing air transport into EU Emissions Trading Scheme”, European Commission, press release, 20 December 2006.
http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=IP/06/1862