mardi 4 novembre 2008

Ces papys «verts» de l’atome...

Alors que le rejet de l’atome constitue un des piliers historiques du mouvement environnementaliste, une petite poignée de papys écolos ou assimilés ont, ces dernières années, déclaré leur flamme à l’atome. Au nom d’une «urgence climatique» à agir, d’une relève renouvelable tardant à s’organiser. Relativement bien médiatisés dans la presse anglo-saxonne, ces «traîtres à la cause» ou «écologistes intelligents», selon les points de vue, sont quasi inconnus de ce côté-ci de l’Atlantique.

«Des fondateurs de Greenpeace»

Répondant aux questions des auditeurs ce lundi matin sur La Première, la présidente du CDH Joëlle Milquet a fait référence (vers 7’10’’) à l’un d’entre eux en évoquant «des fondateurs de Greenpeace» qui préconiseraient un allongement de la durée de vie des centrales nucléaires belges. En réalité, le Canadien Patrick Moore est le seul et unique cofondateur de Greenpeace à avoir retourné sa veste anti-nucléaire. Et il n’a jamais évoqué le cas particulier des centrales belges...

Alain Hubert aime Electrabel qui aime l’atome

Le cas d’Alain Hubert, également cité par Mme Milquet, est différent. L’explorateur des pôles ne s’est en effet jamais affiché comme anti-nucléaire et il soutient – discrètement – l’atome depuis des années. Fin 2003, invité à parler à des enfants par la centrale de Tihange, il déclarait déjà que «l’option nucléaire est le seul moyen pour la Belgique de couvrir ses besoins en énergie à moyen terme sans causer de perturbations économiques et sociales de grande ampleur», selon le bulletin du Forum nucléaire belge de janvier 2004 (p.11). Etonnant? Pas vraiment: GDF-Suez et sa filiale Electrabel ont largement sponsorisé la station polaire Princess Elisabeth, réalisée sous la houlette de la Fondation polaire internationale présidée par... Alain Hubert.

Mais revenons à nos papys «verts» de l’atome. Dans le monde anglo-saxon, ils ne sont aujourd’hui plus que trois. Mais la relève est prête. Elle se trouve en France. Et quelle relève!

Patrick Moore
Cofondateur de Greenpeace à Vancouver en 1971, ce Canadien de 61 ans quitta le navire écologiste en 1986, après en avoir été l’un des cinq directeurs internationaux. En 1976, il décrivait les centrales nucléaires comme «les engins les plus dangereux que l’homme a jamais créés. Leur construction et leur prolifération est la chose la plus irresponsable, et même la plus criminelle, qui a jamais eu lieu sur la planète.» Depuis 2006, contre monnaie sonnante et trébuchante, Moore s’est mis à chanter les louanges de l’atome pour le compte de l’industrie nucléaire étasunienne. Après avoir quitté Greenpeace, et avant d’embrasser la cause de l’atome, il a travaillé comme consultant pour les industries minière, forestière, biotechnologique et du PVC.


James Lovelock
Père de la théorie Gaïa, selon laquelle la planète serait un organisme vivant autorégulé, ce scientifique britannique de 88 ans prône depuis 2004, une «nucléarisation massive» de la planète pour endiguer le réchauffement climatique. Lovelock ne conçoit notre salut que dans le développement technologique: réflecteurs géants dans l’espace pour repousser une partie du rayonnement solaire, solidification et enfouissement du CO2, création d’aliments synthétiques pour donner à la planète une chance de récupérer, etc. Et si le pire devait néanmoins arriver? Les survivants pourraient selon lui émigrer vers l’Arctique, devenu doux. Les riches se baladeraient alors dans des yachts propulsés à l’énergie solaire et les pauvres se divertiraient de voyages virtuels...


Hugh Montefiore
Cet évêque anglican, qui fut administrateur des Amis de la Terre pendant des années, a fait son coming out nucléaire à 85 ans, six mois avant de décéder en mai 2005. Pour lui comme pour Lovelock, la messe était dite: sans nucléaire point de salut climatique. Et si les gouvernements tardent à embrasser l’atome c’est uniquement à cause des médias et du «lobby environnemental» qui diabolisent l’énergie nucléaire, déclarait-il à la BBC en compagnie de Bruno Comby (lire ci-dessous).


Stewart Brand
Créateur de la revue Whole Earth Catalog, figure de la contre-culture et de la vague écologiste US, Brand s’est fait connaître en 1966 en lançant une campagne réclamant à la NASA qu’elle publie ses premières images de la Terre vue de l’espace. Ce futurologue aujourd’hui âgé de 69 ans déclara sa flamme à l’énergie nucléaire (et aux OGM) en 2005, dans un article très commenté de la prestigieuse Technology Review du MIT. Afin d’éviter que les déchets radioactifs des pays nucléarisés ne se retrouvent dans de mauvaises mains, Brand y plaidait notamment pour l’avènement d’un fournisseur mondial de combustible nucléaire qui récupérerait et retraiterait tous les déchets de la planète. Un Big Brother atomique, en somme.


Bruno Comby
C’est le jeunot et seul francophone de la bande. Inventeur du «stressomètre» et auteur de nombreux ouvrages dont l’un propose au lecteur «les meilleures recettes à base d’insectes», cet ingénieur français de 48 ans préside l’Association des écologistes pour le nucléaire (AEPN) qui revendique 9.000 membres dans le monde – dont James Lovelock. En 1991, Comby publie Nature contre SIDA (un livre qui remet en question la réalité du SIDA) aux éditions Vivez Soleil, dont le directeur d’alors est un certain Maître C.T. Schaller, gourou de la secte Institut de santé globale et auteur d’ouvrages sur l’urinothérapie. Comby fut par ailleurs membre durant six ans de la secte de Montramé (Seine-et-Marne), dont le gourou Guy-Claude Burger a été condamné pour exercice illégal de la médecine et a écopé, en 2001, de 15 ans de prison pour pédophilie.

4 commentaires:

Alexandre Plennevaux a dit...

Intéressant, et surtout utile de dénoncer ces parjures, d'ailleurs c'est à peu près la seule chose que l'on puisse faire pour contre le puissant lobby du nucléaire: dénoncer son emprise très forte sur le politique, l'associatif et les médias. Cela dit, qu'un ancien de Greenpeace soit pour le nucléaire ne doit pas vouloir dire que Greenpeace soit pour le nucléaire. C'est bien le CdH de jouer les girouettes.
voir également à ce sujet le billet de périscope sur les multiples voltes faces du Cdh ( http://periscope.be/2008/11/environnement/la-contradiction-atomique/ ),

mon billet prédisant un destin digne de francorchamps au dossier de la sortie du nucléaire. ( http://www.plennevaux.be/alexandre/general/sortie-du-nucleaire-nouveau-francorchamps/ )

Enfin Jacky Morael (Ecolo) dénonce les liens intimes entre Suez et le CdH. (http://blog.jackymorael.be/post/2008/10/31/La-procrastination-redoutable-alliee-du-nucleaire )

David a dit...

Merci Alexandre pour ces liens intéressants et effectivement complémentaires.
Comme Blogger n'a tjs pas intégré la reconnaissance automatique des liens web, je passe à l'action.
Bonne lecture à tous:

http://periscope.be/2008/11/environnement/la-contradiction-atomique/

http://www.plennevaux.be/alexandre/general/sortie-du-nucleaire-nouveau-francorchamps/

http://blog.jackymorael.be/post/2008/10/31/La-procrastination-redoutable-alliee-du-nucleaire

Ghislain a dit...

bah, ces vieux messieurs ont juste peur de la mort qui se rapproche et se réfugient, par un réflexe de survie compréhensible, dans la technologie qui a le plus fait ses preuves à l'heure actuelle. Les déchets? Ce ne sera pas leur problème!

David Leloup a dit...

Plus de 5 ans après la publication de cet article, Bruno Comby nous envoie la (longue) réaction suivante, que nous publions in extenso:


A l'attention de : Monsieur David LELOUP, journaliste

Bonjour

Je prends connaissance aujourd'hui de votre article "Ces papys verts de l'atome" qui remonte à 2008 :

http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/ces-papys-verts-de-l-atome-47133

Ma réponse est certes un peu tardive (j'ai d'autres occupations plus passionnantes que de lire ce genre d'article).

Cette page mélange des informations tout à fait correctes, avec d'autres erronnées, le tout saupoudré d'amalgames au mieux inconvenants ou déplacés et au pire (ce que j'estime à ce stade ne probablement pas être le cas sinon je ne prendrai pas le temps de vous écrire) volontairement diffamatoire.

Vous m'avez l'air (à première vue, car je ne vous connais pas), avoir néanmoins encore (malgré votre âge) une éthique journalistique authentique, ce qui n'est pas le cas de tous les journalistes (je suis bien placé pour le savoir, et je pense que vous aussi). Et je trouve même sympathique certains de vos articles (mais pas celui qui me concerne).

Je me permets donc de réagir en pensant que vous aurez peut-être (espoir très mince?) un soupçon d'intelligence et un sursaut d'honnêteté permettant de corriger certaines erreurs (on peut encore rêver). Je suis peut-être plus jeune d'esprit que vous n'avez l'air de le penser et j'ai donc encore la naïveté de croire que la plupart des journalistes sont a priori honnêtes, capables de corriger leurs éventuelles erreurs, et que vous faites partie de cette majorité de professionnels honnêtes, faisant correctement leur métier.

Tout d'abord, je ne suis pas encore un "papy" et je récuse faire partie de cette catégorie là (n'étant pas encore gâteux), sauf si vous acceptez l'idée d'en être vous-même aussi : je n'ai pas de petits enfants.

En effet la signification habituelle du mot "papy" c'est "grand-père". Or mon fils est âgé de 8 ans (né en 2005) ni plus ni moins que vos propres enfants Noé (10 ans) et Lila (6 ans) si j'ai bien compris.

Si vous persistez dans l'acceptation du mot "papy" au sens "grand-père" : dans ce cas vous voudrez bien préciser dans votre article que cet adjectif n'a rien de péjoratif (car c'est ambigü) et n'est pas à comprendre au sens de la sénilité, que d'ailleurs vous vous en affublez vous-même très volontiers (ayant des enfants à peu près du même âge), à moins que vous ne traitiez les autres d'une manière dont vous ne souhaiteriez pas vous-même être traité.

Si votre article n'a rien à voir avec les générations futures, l'âge des enfants ou la présence (absence dans mon cas) de petits-enfants et serait de me faire passer pour un vieux croulant, en mauvaise santé ou approchant la sénilité, je vous convoque en duel et vous laisse le choix des armes :

- planche à voile sur petite planche (funboard) par force >6 (avec vagues si vous le souhaitez)
- 100 m nage libre (crawl) dans la piscine de votre choix
- 50 m papillon idem
- cyclisme
- course à pied...

(...)

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